Regard d'éleveur sur l'animal et son métier

A l'occasion de rencontres et de visites comme ici sur la ferme de la Marzan, l'éleveur nous raconte son métier, construit autour d'une relation à l'animal qu'il élève au quotidien.

 

Comment décrivez-vous le cochon ?

 

C’est un animal intelligent, généreux  

 

Le cochon est un animal capable de s’adapter à toute forme de conditions et de mode de production. Donc il est intelligent par son adaptation.

 

Il a aussi une forme d’intelligence supérieure parce qu’il est capable de faire une relation de cause à effet.

 

Et puis c’est un animal généreux parce la truie est capable de produire toute l’année. Elle revient en chaleur très rapidement ce qui la différencie d’autres espèces animales, et elle a une productivité qui est énorme.

 

… et puis gamin j'aimais bien m'en occuper à la ferme  qui correspond  bien à mon exploitation. C’est un monogastrique capable de valoriser ce que je produis de mes sols et en même temps de redonner au sol ce dont il a besoin pour assurer une forme d’autonomie d’exploitation.

  

Par exemple une truie en lactation à richesse de lait égale donne plus de lait qu’une vache laitière

 

Si on raisonne en terme de kilo produit, une truie est capable d’apporter en production 25 porcs charcutiers par an ce qui reflète bien sa générosité et qui par là même ouvre la critique pour la société puisque on tirerait trop sur l’animal et ses facultés de production. Voilà toutes les raisons qui m’ont amené à l’élevage de cet animal. Et puis il est généreux de part la diversité des produits puisqu’on va obtenir des produits frais en viande mais aussi des produits élaborés en charcuterie.

 

Il y a toujours une forme d’antinomie entre le métier d’éleveur, élever des animaux et être dans le vivant et le fait de savoir qu'il va falloir l’abattre pour en obtenir des produits.

 

Mais typiquement on est dans notre mission nourricière, jusque là on a jamais pu manger d’animaux vivants et on doit bien être capable de passer par la phase de mise à mort pour manger l’animal qu’on produit … je ne fais pas non plus dans l’émotionnel en disant quand je vends mes animaux mais que je n’assiste pas au départ parce que …

 

Non, moi j’ai bien conscience qu’il faut en passer par là, mais je sais aussi que cet animal généreux qu’on élève a aussi le droit au respect et notamment dans la partie sacrificielle …

 

Voilà pour mon regard sur le cochon en tant qu’éleveur, c’est un condensé d’accroche avec l’animal, dans une vision globale et transversale du métier et de l’exploitation.

 

Vous avez différents modes d'élevage sur la frme. Alors vous vous sentez alternatif ou conventionnel ?

Moi je dirais que je suis complémentaire. Oui, parce que dans la mesure où on est d’accord sur le fait qu’il n’y a pas de mode d’élevage ni de production idéale, cela veut dire qu’au quotidien, dans la façon de faire son métier, on sait qu’on arrive jamais à l’idéal mais que ce qui importe c’est d’avoir envie de bien faire. L’éleveur devient alors l’acteur quasi essentiel de la qualité.

 

A l’inverse certains se cachent derrière un cahier des charges pour dire « c’est mon cahier des charges qui garanti et révèle la qualité du produit ». Moi mon approche n’est pas du tout celle là.

 

Mon approche c’est plutôt une approche de vérité. Je sais très bien qu’un animal élevé en plein air a LA liberté. Mais la liberté n’est pas un gage en soi de bien être de l’animal.

 

Je veux dire en cela que l’éleveur est essentiel dans la démarche de bien être. Si l’eau est gelée en hiver, il va falloir que je trimballe le matin de l’eau partout dans chacun des parcs pour abreuver les animaux, mettre tout ce que je peux mettre en œuvre pour éviter d’avoir des pertes à la mise bas etc etc … Mais de la même façon en bâtiment, si je suis un bon éleveur, il va falloir que je prenne en compte les risques qui peut y avoir par exemple à de l’étouffement. L’éleveur est essentiel dans la qualité, dans sa façon d’exercer le métier, dans ce qu’il fait et par rapport à l’approche des risques de son mode de production. La façon de prendre en charge les risques est bien liée à l’éleveur, à sa façon d’exprimer son savoir faire dans son mode de production.

 

Vous dites que c’est l’éleveur qui fait la qualité de l’élevage plus que le mode de production ?

Oui. Et donc justement parce qu’il a choisi la façon dont il va élever l’animal, en plein air ou en bâtiment, sur paille ou sur caillebotis, il prend en charge les risques inhérent à son choix.

 

Par exemple, moi j’avais un éleveur dans ma coopérative qui faisait du bio sur le plateau des milles vaches. Deux mois de l’hiver, il a de la neige. Il faut aller au turbin tous les jours. Si ce n’est pas un choix, vous ne l’assurez pas, on ne l’assume pas. Si c’est quelque chose qui est subi vous ne l’assumez pas. La motivation de l’éleveur est essentielle à la qualité de son travail. Et puis, finalement ce n’est pas à l’éleveur de déterminer la diversité de la qualité des produits qui font le marché, c’est du choix des consommateurs. Donc moi mon rôle, c’est de fournir aux consommateurs avec un grand X, un choix de produit, de lui donner une communication transparente et loyale sur la façon dont le produit a été fait. Après aux consommateurs de se déterminer et de choisir en connaissance de cause.

 

C’est en cela que j’estime que ma production en bio et en conventionnelle, c’est une complémentarité. Ce n’est pas du tout en opposition ou antagoniste. Mais c’est parce que j’ai l’humilité entre guillemet d’admettre que je n’ai pas un mode de production idéal.

Quand à mon métier ...

Il repose sur l’art de faire naître et d’élever des animaux dont la finalité est de nous permettre de nous nourrir. En cela notre métier d’éleveur exige de nous, de rappeler à tous, le respect indispensable que nous devons aux animaux qui finalement nous font tous vivre.

 

La mort n’est pas un spectacle et les images sont nécessairement toujours choquantes. Mais moi je crois que notre devoir d’éleveur est d’assurer aux consommateurs que ce passage de la vie à la mort soit fait dans les meilleures conditions. C’est ce que nous faisons avec l’abattoir et avec notre coopérative d’éleveurs qui est devenu, par la force des choses propriétaires de l’outil.

 

Il y a une dimension sacré qui s’accommode mal de l’image mais la qualité des installations des abattoirs, la formation du personnel a permis d’améliorer l’efficacité et la rapidité de ce passage de la vie à la mort de l’animal.

 

Après, je crois qu’il nous faut aussi remercier les salariés de l’abattoir. En assurant leur métier au quotidien, il nous évite de le faire nous même et surtout ils nous permettent de l’oublier. Ces métiers difficiles ont droit au respect de tous. En plus, aujourd’hui à l’heure des restructurations et des fermetures d’abattoirs ils sont en premières lignes et risquent de perdre leur emploi. Quand on sait que la France est moins compétitive que l’Allemagne parce que les salariés là bas viennent des pays de l’Est et qu’ils n’ont pas les mêmes droits … Oui on marche sur la tête ! On importe de plus en plus de poulets et de porcs parce que nous sommes plus exigeants chez nous et qu'on exige un salaire minium ... et en même temps, on n’a jamais autant fermé d’usine en France et mis des salariés dehors !

 

Finalement tout se passe comme si l’animal était aujourd’hui le catalyseur de toutes nos craintes et angoisses humaines. Quelle est finalement la place relative de l’Homme, de l’animal et de la Nature ? Cette question l’Homme se pose depuis la nuit des temps ! Elle est d’autant plus anxiogène qu’on ne croit plus en rien et surtout plus en personne.

 

Pour ce qui est de l’animal d’élevage il est URGENT que nous paysans, nous puissions replacer l’animal au cœur de la cité, c'est-à-dire acter que l’élevage est au cœur de notre alimentation mais aussi au cœur de la dynamique agricole et des territoires ruraux.

 

Sur mon exploitation comme partout dans le monde agricole, l’animal d’élevage depuis toujours se nourrit de végétaux produits par les sols et en retour il apporte, avec ses déjections, ce qui va nourrir en partie le végétal. Mon élevage couvre ainsi 50 % des besoins d’azote et la totalité des besoins en phosphore et potassium. La production de pois dans mes rotations de culture permet de fixer l’azote de l’air soit un gain de 30 unités d’azote sur la culture suivante. L’utilisation de tourteaux de colza et de lactosérum de la laiterie voisine permet valoriser des sous produits et de les transformer en protéines animales nobles. Enfin, les toitures des bâtiments d’élevage équipés en photovoltaïque permettent de produire l’équivalent de la consommation de l’exploitation. Globalement entre les cultures de ventes et l’élevage, mon exploitation assure ainsi avec moins de 250 Ha la couverture calorique et protéines de 4 500 personnes par an.

 

Aujourd’hui ce n’est pas de donneurs de leçon dont nous avons besoin mais d’envie de faire mieux, plus et plus intelligemment avec ce que nous avons à disposition les uns et les autres.

 

Il n’y a donc pas un modèle unique d’élevage ni d’agriculture mais une diversité d’approche qui seule peut nous apporter les clés pour l’avenir. Je veux parler des défis à relever à l’échelle de la planète comme à celle de nos cantons, celui d’une alimentation saine et équilibrée, de la gestion des ressources en eau, de la qualité des sols mais aussi des entreprises et des emplois, des territoires ruraux et des services …

 

Interview mai 2013

 

Réagir